"Allongé"
Allongé
comme le Christ mort d'Holbein
qui me contemple du haut de sa carte postale
et me demande ce que je fais
à le regarder sans rien lui dire je finis par avoir honte
Allongé
comme je serai sans doute sûrement à coup sûr et je prends les paris
et je ne contemplerai plus rien
et personne ne me demandera ce que je fais
et personne ne me regardera plus
Allongé
comme on m’aura vu à mes derniers instants
comme on m’aura contemplé en attendant que ce soit enfin la fin
et personne ne m’aura rien demandé
personne ne m’aura demandé ce que je fais là à rester allongé sans parler ni rien faire
personne n’aura eu honte d’être là à me regarder finir
Allongé
comme on m’aura installé après la petite toilette
et comme on m’aura contemplé une dernière fois avant de clouer cette caisse
avant d’y glisser cette carte postale du Christ mort d’Holbein qui m’a suivi d’année en année
accrochée à une porte ou à une autre
Allongé
J’aime être allongé
Bernard Maréchal est professeur de Lettres classiques à la retraite depuis 12 ans, il anime deux ateliers d'écriture d'invention à consignes depuis onze ans, et il aime bien les exercices à contraintes, soit rythmiques, soit lexicales, auxquelles il a depuis très longtemps fait participer les élèves de ses classes de lycée : lipogrammes, réécritures, etc. Il participe, comme Annie Hupé aux écritures de la liste des oulipotes. Il recopie sur une petite page de blog les énoncés de chaque séance, c'est ici.https://bmlettres.wordpress.com/ . Présent dans le n°112 de Lichen.
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