Des cris
Noël 1994, elle avait alors neuf ans.
Au pied du sapin absent, les cadeaux.
On ne fêtait pas cette fête dans sa culture, trop chrétienne cette fête.
Les cris.
Elle entendait le ton monter comme un orage qui approche, entre son père qu’elle n’appelait plus « papa »
et sa mère qu’elle ne nommait plus « maman ». Pas du désamour, non, elle les aimait plus que tout mais
préférait les affubler de surnoms qu’elle jugeait tendres, créés par elle seule, pour eux seuls.
Éviter les termes génériques et impersonnels, ils étaient différents.
Ce soir-là, comme d’autres, ils ne sacrifieraient pas leurs disputes pour la naissance de Jésus.
Elle décida, comme à son habitude lorsqu’avaient les répétitions tragiques de ses parents, de sortir dans le
jardin et de s’enivrer des « Sanglots longs » de Verlaine, qu’elle venait de découvrir au détour d’une
récitation à venir.
Les cris de son père.
Elle ne goûtait pas encore le sens du poème mais la douceur des mots apaisait ses sens.
Les cris de sa mère.
Elle s’apitoyait sur son sort, imaginait la fête dans les foyers éclairés au loin.
Elle ignorait alors que ces mots de Verlaine et bien d’autres encore, auraient un impact déterminant dans
sa vie.
Aurore Hatem est professeur agrégée de lettres modernes et elle a écrit à plusieurs reprises pour le site de la revue Edwarda. Elle est passionnée et collectionneuse d'art. Présente dans le n° 115 et 118 de Lichen.
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