Ce qui tient
Elle arrive là où les mots se taisent,
dans la pièce qui sent le matin,
où un être attend qu’on l’apaise,
qu’on lui rende encore un chemin.
Elle lave, soulève, accompagne, essuie.
Ses gestes ont leur propre langue,
apprise au fil des jours,
pour dire : tu comptes, tu tiens encore.
Tous les jours, la même pièce, la même peau.
Non pas la lassitude — la fidélité.
Elle refait le lit, rajuste le drap,
comme on replante ce qui permet de tenir.
Cet être se redresse encore,
vacille, reprend appui.
Grâce à elle, il tient debout,
un peu plus longtemps.
Elle se bat sans slogan, sans éclat,
avec la douceur têtue des vivants.
Elle sait, sans le dire,
que tout tient par le geste lent.
Quand sa main se pose sur une épaule
qui tremble ou s’en va,
ce n’est pas qu’un geste simple :
il tient le cœur au chaud.
Christophe Roblet (Ecrivain77) est poète. Il écrit une poésie incarnée et accessible, attentive aux gestes ordinaires, aux liens discrets et à ce qui tient dans le quotidien. Son recueil Au cœur des mots explore la mémoire, la transmission et la présence, notamment lorsque tout vacille. Il vit et écrit en France. C’est sa première apparition dans Lichen.
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