Clémentine Pons



Rue Gambetta pas loin là juste à gauche



J’habite là

entre la troisième vertèbre cervicale

et le souvenir d'un expresso froid

ça se plie mal

entre les côtes n°5 et 6

le cœur tape à 142 BPM contre la cage

doigts rentrés vers l’os

l'ongle qui raye l'émail des canines



j’apprends la patience des fractures

le souffle fait sa place

comme une herbe têtue dans le béton du thorax

rue Gambetta

pas loin

juste à gauche



ça craque doucement

personne n’entend



je découds mes contours

fil par fil

j’abandonne les angles

les noms trop lourds

les gestes hérités

je marche sans jambes

dans un dedans plus vaste



je ne sors pas encore

mais je m’ouvre

et c’est déjà une porte





Clémentine Pons écrit parfois. Parfois non. Ce que elle fait entre les deux reste flou, même pour elle. On l’a déjà décrite comme « quelqu’un », ce qui lui semble à la fois exact et terriblement vague, à la fois précis et excessif. Elle est là, quelque part entre un clic et un soupir, entre un mot publié et un mot oublié. Elle s’intéresse à ce qu’on regarde sans vraiment regarder, à ce qu’on voit tous les jours sans le remarquer, et à toutes ces petites évidences qu’on garde pour soi. Son écriture, c’est un peu comme un puzzle qu’on aurait mélangé : Elle hache, morcelle, fragmente, et Elle se permet même quelques entailles, juste pour que le quotidien ressemble à un tas de miettes à lire. Ses obsessions : le banal, l’amour, la maladie et le café. Sinon elle regarde souvent le monde se défaire en morceaux. Présente dans le n° 116 de Lichen.


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