Colette Daviles-Estinès

 


Terroriste 


Garée en face de la boulangerie.
Je traverse la rue sous une pluie diluvienne, achète mon pain, retraverse en courant. Déjà trempée.
J’ouvre la portière de la voiture. Une femme, à l’intérieur, lâche le portable qu’elle tenait à la main et pousse un hurlement. Saisie, je referme aussitôt.
Puis je rouvre pour lui dire
Pardon, me suis trompée mais elle se remet à hurler.
Je claque à nouveau la portière.
J’ai deux mètres à faire pour rejoindre ma voiture. Je les fais à reculons, face à elle. Sous la pluie à travers le pare-brise, je ne vois pas son visage. Je ne suis pas sûre qu’elle rie autant que moi.
Je lui adresse des signes de contrition. Je crois même que je lui envoie un baiser.

 

Extrait de "Quand c'était où, c'était comment ?" Editions Henry/La rumeur libre éditions (2025)

 

 

 

 

Née au Vietnam, grandie en Afrique, Colette Daviles-Estinès a été longtemps paysanne. Elle puise son inspiration dans un sentiment de perpétuel exil. Nombre de ses textes ont été publiés à La Barbacane, Le Capital des Mots, La Cause littéraire, Un certain regard, Revue 17 secondes, Ce qui reste, Paysages écrits, Le Journal des poètes, Écrit(s) du Nord, Nouveaux délits, Comme en poésie, Verso, La Toile de l'un... Ses recueils : L'Or saisons (éditions Tipaza, mai 2018), Matrie (éditions Henry, septembre 2018), Feux de friche (Tipaza, avril 2022) et La mesure des murs (L'Ail des ours, juillet 2022). Voir son site : http://voletsouvers.ovh. Présente dans tous les n° de Lichen depuis l’origine, à l'exception des n° 77, 78 et 115. 







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