Un souvenir de l'époque où j'étais paysanne, il fallait souvent redescendre la nuit dans la campagne pour changer l'arrosage de place. Vers 22 h ou minuit, je descendais, donc, j'aimais bien quand c'était la pleine lune, je n'avais pas besoin de lampe de poche et j'aimais bien parce qu'il m'arrivait de faire des rencontres...
chuuut…
attentive à ne pas faire craquer les feuilles
sous les pas
pas une feuille croustillée
pister comme une indienne
ce frémissement dans l’ombre de la haie
vignes-framboise ronces lianes prunelliers
…
groumpf
…
et la haie crépite et se déchire
silence froissé/soyeux comme une flambée
heureuse comme une gosse d’avoir entendu
groumpf
sous la lune
Extrait de "Quand c'était où, c'était comment ?" Editions
Henry/La rumeur libre éditions
Née au Vietnam, grandie en Afrique, Colette Daviles-Estinès a été longtemps paysanne. Elle puise son inspiration dans un sentiment de perpétuel exil. Nombre de ses textes ont été publiés à La Barbacane, Le Capital des Mots, La Cause littéraire, Un certain regard, Revue 17 secondes, Ce qui reste, Paysages écrits, Le Journal des poètes, Écrit(s) du Nord, Nouveaux délits, Comme en poésie, Verso, La Toile de l'un... Ses recueils : L'Or saisons (éditions Tipaza, mai 2018), Matrie (éditions Henry, septembre 2018), Feux de friche (Tipaza, avril 2022) et La mesure des murs (L'Ail des ours, juillet 2022). Voir son site : http://voletsouvers.ovh. Présente dans tous les n° de Lichen depuis l’origine, à l'exception des n° 77, 78 et 115.
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