de Didier Gambert
Chronique revue Diérèse, printemps-été 2026, n° 96, 330 p., 17€.
Portée par Daniel Martinez, et ce depuis de nombreuses années, la revue Diérèse, disponible au numéro ou par abonnement, fait partie des revues de « poésie & littérature » qui comptent dans le paysage poétique contemporain. Poète lui-même, Daniel Martinez, qui vient de faire paraître un livre intitulé D’ores et déjà aux éditions Les Deux Siciles, s’emploie, pour peu qu’il apprécie leurs textes, à donner la parole à de nombreux poètes et prosateurs contemporains.
De taille respectable (chaque numéro comporte plus de trois cents pages), les volumes de la série permettent à chaque parution (il y en a trois par an) de découvrir un riche panorama d’écriture et de création.
Chaque numéro obéit à un plan quasi immuable : la revue est divisée en un certain nombre de sections que ses lecteurs connaissent bien.
Ainsi, l’éditeur confie-t-il à un auteur toujours différent le soin de rédiger un éditorial permettant d’exprimer un point de vue personnel sur l’art ou l’activité poétique. Ensuite vient toujours une section consacrée aux « Poésies de monde » où la part belle est faite à des textes traduits, parfois accompagnés du texte original (le n° 96 s’intéresse au « domaine portugais » et au « domaine américain ». Viennent ensuite deux cahiers, consacrés à la poésie de langue française. C’est à chaque fois, et dans chaque cahier, pas moins de dix poètes qui se voient ainsi mis à l’honneur. Les cahiers permettent de morceler la lecture, chaque poète se voyant de plus particulièrement bien traité dans la mesure où ce sont à chaque fois une petite dizaine de textes auxquels est ainsi offerte la possibilité de rencontrer un public.
Parfois la revue propose un cahier thématique, qui peut prendre la forme d’un hommage à un poète (le présent numéro s’attache à célébrer la mémoire de Thierry Metz). Viennent ensuite des proses, des récits, des journaux (jusqu’à des extraits du journal de Pierre Bergounioux que publient régulièrement les éditions Verdier). Une section nommée « rubrica » accueille également des proses à tonalités variées. Pour finir, la revue, attentive à l’actualité éditoriale, accueille des comptes rendus et notes de lecture.
Il s’agit, on l’imagine volontiers, d’un immense travail de sélection, d’organisation, de mise en page, etc., d’un véritable travail d’éditeur, au service des poètes et de la poésie, à condition bien sûr que les textes « parlent » à celui qui se charge de les communiquer à un public, correspondent de la sorte « au ton de la revue diérèse ».
On y rencontre des poètes connus, d’autres moins ; on y fait des découvertes ; certains textes « parlent », d’autres pas. C’est un peu la loi du genre et la richesse de la revue.
Alors il est difficile de faire un choix qui ne serait pas l’indice d’un « goût » ou d’une « prédilection »… Ainsi, et sans faire offense aux autres, ont parlé des textes tels que :
Nous revenions de Pas-de-Jeu
avec, sous le bras, un pain de deux livres.
C’était dans la descente d’un soir, en l’an 22
Un ciel tempétueux à la Giorgione
nous exaltait. La campagne renflée
semblait filer sous l’armada grandiose
des nuées comme les cheveux des Gorgones.
Les vents violets soufflaient des airs légendaires
Tels que dans l’ouverture de Tannhaüser.
Ces vers sont d’Yves Leclair qui donne à lire un ensemble intitulé L’Hiver des poètes (p. 79-91).
De la même façon ont parlé les textes qu’Alain Duault consacre, sous le titre de Les poètes prennent feu, à tous les suicidés, ou les « morts tôt » de la poésie et de la pensée :
Au revoir, mon ami, au revoir, mourir en cette vie
N’est pas nouveau, mais vivre assurément n’est pas
Plus neuf : j’écris ce dernier poème avec mon sang
Dans cette chambre 5 de l’hôtel d’Angleterre dans
Cette Leningrad que je n’aime plus sans ma si belle
Isadora qui dansait nue pour moi elle s’en est allée
Avec son foulard long comme une langue de soie
Pour bien faire il faudrait les citer tous, les poètes du numéro 96, mais cela ferait beaucoup trop de noms…
Né en 1963, Didier Gambert est spécialiste de littérature du XVIIIe (thèse soutenue en 2008, publiée en 2012 chez Champion) et a publié quelques ouvrages dans ce domaine. Il a d’abord pratiqué l’écriture poétique de manière intermittente, puis de façon très régulière ces dernières années. Certains de ses textes ont illustré une exposition de photographies de Bérénice Delvert, intitulée Métaphysique de l’Océan (La Grange aux arts, Champniers, près d’Angoulême). Présent, en tant que poète, dans les n° 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 43, 45, 47, 49, 50, 51, 59, 60, 61 et 62 et en tant que critique dans les n° 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 65, 66, 67, 68, 70, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 84, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 100, 101, 103, 106, 107, 108, 110, 111, 112, 113, 116, 121 et 122 de Lichen.
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